La presse et les médias se font l'écho de la population non agricole en montrant du doigt les agriculteurs et leurs pratiques. On les accuse de tous les maux : le problème des nitrates, c'est eux ; la contamination des eaux par les pesticides, c'est encore eux ; etc.
Même si ces remarques sont fondées entièrement ou partiellement, elles sont souvent le reflet d'une société en décalage avec la réalité du monde agricole. Le non-initié au monde agricole se base souvent sur les pratiques agricoles du siècle dernier, et plus précisément la période glorieuse de l'agriculture des années 60 à 80 dont le porte-drapeau est la Politique Agricole Commune (P.A.C.).
De nos jours, le monde agricole a bien changé. Il prend conscience des effets néfastes qu'il peut avoir sur l'environnement. Ainsi l'agriculteur d'aujourd'hui prend soin de ne pas nuire gravement à la santé de la planète.
Au début des années 90, le monde agricole prend conscience que certaines de ses pratiques sont à risque pour l'environnement : en particulier, l'utilisation abusive d'engrais minéraux. En effet, dans les années 60, la P.A.C. exigeait aux agriculteurs de produire plus pour répondre à la demande (l'offre étant insuffisante), les agriculteurs ont donc augmenter l'apport d'engrais organique et minéral sur ses parcelles. Aujourd'hui, l'excès d'azote sous sa forme nitrate est responsable du phénomène dit « marée verte » bien connu sur les côtes bretonnes. Depuis, des efforts sont fait afin d'éviter le rejet de nitrates dans les eaux.
Dans les années 90, à l'initiative des agriculteurs, l'opération FERTI-MIEUX est lancé à l'échelle nationale. Elle consiste à réduire les apports d'engrais minéral en raisonnant le fertilisation sur les besoins de la plante et sur la quantité d'azote disponible dans les sols (reliquats des précédents culturaux, engrais organique apporté, ...). Ainsi les apports d'engrais azoté se font en plusieurs fois réparties sur des stades végétaux différents. Une dizaine d'année après, les résultats sont très satisfaisants : les agriculteurs consomment moins d'engrais azoté et les rendements sont identiques voire meilleurs pour ceux qui pratiquaient un apport trop excessif d'azote.
Mais un des problèmes majeurs des nitrates est leur devenir lorsque les parcelles sont à nues. Car les nitrates sont facilement emportés par les pluies (c'est le lessivage). Depuis quelques années, la recherche s'oriente sur une technique permettant d'empêcher ce lessivage : les Cultures Intermédiaires Pièges à Nitrate (C.I.P.A.N.). Le principe est simple : on sème après récolte une culture particulière qui va avoir pour seul rôle , le maintien de l'azote dans les couches supérieures du sol. Le problème est que ces cultures ont un coût élevé du fait de la non possibilité de les valoriser par la suite. Des essais sont réalisés sur les différents départements français afin de déterminer si il est possible de mettre en place des intercultures pouvant être valorisé dans le climat et les types de sols concernés. Certaines sont largement utilisées dans d'autres pays comme le Canada où une plante nommée phacélie permet le production d'un miel d'une excellente qualité.
D'autres techniques sont utilisées pour éviter de polluer les cours d'eau : c'est le cas des bandes enherbées ou des haies mises en bordure des parcelles pour constituer une barrière et ainsi arrêter le ruissellement des eaux de pluies. De plus, l'évaluation et la gestion des risques permettent de déterminer, à l'aide des Systèmes d'Information Géographique, dans les Zones d'Excédents Structurels (Z.E.S.) les cultures susceptibles d'être réalisées en fonction de la position de la parcelle (par exemple, éviter la culture de maïs au bord d'un cours d'eau).
Pour réduire la pollution des sols, la recherche a fait évoluée le domaine de l'alimentation animale en essayant de favoriser l'assimilation des éléments par le animaux et de maîtriser les rejets. Ainsi on peut lutter contre le problème d'accumulation de métaux lourds dans les sols.
Mais parmi les pratiques agricoles, la plus contestée est l'utilisation des pesticides. Or je tiens à le préciser immédiatement : une agriculture sans pesticides ne peut pas être viable à très long terme dans un marché libéralisé du fait de ses faibles rendements. En outre l'agriculture biologique apporte plus de problèmes qu'elle n'en résout. Par exemple, la culture en parcelle de plantes non traitées favorise la propagation de foyers infectieux (notion de réservoirs). Je pense qu'il est plus judicieux de mettre en place une agriculture raisonnée (i.e. : une agriculture qui applique des traitements seulement quand cela est nécessaire. Ainsi on fixe un seuil de nuisibilité, au-delà de ce seuil les pertes économiques sont supérieures au coût du traitement). De nos jours, les produits phytosanitaires ne sont plus systématiquement épandus sur les cultures en prévention de la maladie. Ceci est la conséquence de deux facteurs :
• la volonté d'éviter la contamination des eaux,
• la résistance croissante des bioagresseurs,
• le coût de plus en plus élevé des produits,
• la sélection variétale,
• et le suivi de l'évolution des populations de bioagresseurs.
Face à la gamme étroite de produits phytosanitaires et à l'utilisation excessive de ceux-ci par certains agriculteurs, les ravageurs deviennent de plus en plus résistants. En outre, la découverte de nouvelles molécules actives étant faible et coûteuses, le prix de revient des produits est de plus en plus élevé.
La sélection variétale permet de réduire l'utilisation des pesticides car elle est un des moyens d'obtenir des résistances végétales plus naturelles que celle des OGM. Pour ma part, les OGM sont l'avenir de l'Humanité si ils sont placés dans de bonnes mains. Ils peuvent être une solution aux problèmes de sous-alimentation, de malnutrition mais en aucun cas, il ne doit être utilisé pour l'acquisition de résistances en raison de la possible introduction de ces gènes dans des plantes sauvages. Il faut savoir que les OGM existent depuis très longtemps et que nous en consommons régulièrement. En effet, on incorpore depuis des décennies des gènes étrangers dans des microorganismes.
Le suivi de l'évolution des populations de bioagresseurs peut se faire de deux manières différentes : d'une part, l'utilisation de modèles complexes permettant de prédire cette évolution au cours du temps en prenant en compte différents paramètres et d'autre part, la mise en place de pièges à phéromones permettant de déterminer la période de reproduction de l'insecte nuisible. De plus, dans les cultures en serre, on privilégie la lutte biologique : c'est-à-dire l'introduction de prédateur (coccinelles, hyménoptères parasites, ...). Des recherches sont effectuées pour tenter d'attirer ces prédateurs en plein champs.
Le monde agricole sous l'influence du monde politique a commis quelques erreurs dans son passé mais il ne souhaite pas que cela se reproduise. De nos jours, il est très à l'écoute de l'opinion publique. Ainsi, les exploitations agricoles sont modifiées afin d'empêcher la pollution par les pesticides. Les agriculteurs vont même jusqu'à risquer leur vie pour ne pas effrayer le public et attiser sa colère (par exemple, la manipulation de pesticides est dangereuse, pourtant les agriculteurs, connaissant ce risque, ne prennent pas les précautions nécessaires). De plus, il faut lutter contre l'intox qui circule par le biais des médias: les nitrates ne sont pas les responsables de tous les problèmes d'eau, il ne faut pas oublier les phosphates qui sont sans doute la cause de l'eutrophisation des eaux douces et aussi les pesticides dont la durée de vie est supérieure à celle annoncée par les fabricants (comme c'est le cas pour le Gaucho® et le Regent®). Les agriculteurs ne sont pas tous coupables, ils sont bien trop souvent pris comme bouc-émissaire. Il faut cesser de dire qu'ils sont les principaux pollueurs car ce n'est plus vrai de nos jours. La pollution nous en sommes tous responsables par nos déchets ménagers, les boues de nos stations d'épuration, l'utilisation excessive des pesticides dans nos potagers, par les collectivités et enfin par nos déplacements dans des véhicules qui libère le carbone fossile en quelques minutes alors qu'il a fallut à la Terre des milliers d'années pour le constituer.